Vers un Espace Economique Euro-Méditerranéen

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Hasard ou Nécessité

Le développement durable de l'Europe dépend pour beaucoup de celui de ses voisins directs. Creuser l'écart entre une Europe industrialisée et riche, et des pays voisins en voie de développement fragiles et marginalisés, aurait des conséquences directes sur la stabilité politique et sociale de l'Europe. C'est pour cette raison que l'Europe continue de maintenir son implication dans la construction et le renforcement d'un espace d'association euro-méditerranéen, malgré une économie encore en convalescence, notamment à la suite de la situation de surproduction et de chômage qu'elle a connu durant les années 90.

Parmi les défis de demain qu'aura à relever l'Europe, figure celui de l'intégration, économique, des pays sud-méditerranéens, qui seront les futurs promoteurs d'une large Europe unie et prospère.

Les liens culturels et historiques entre l'Europe et les pays méditerranéens constituent une base solide pour la construction d'un espace économique commun, régie par l'intérêt général, et se pliant à des réglementations communes. La pollution du bassin méditerranéen, par exemple, illustre bien l'urgence de réduire les inégalités Nord-Sud en matière de réglementation, en techniques de prévention et en moyens de traitement en cas d'accident.

Il est inconcevable aujourd'hui, de considérer que les frontières constituent un rempart contre les agressions extérieures. Avec les développements technologiques et les nouveaux systèmes de communication, la notion de territoire laisse la place au principe d'inter-dépendance.

Respecter les mêmes directives de protection de l'Homme et de son environnement, appliquer les mêmes règles de commerce international, et produire selon les mêmes normes et standards internationaux, constituent les piliers de la future zone de libre échange euro-méditerranéenne.

Aujourd'hui, une grande majorité de pays méditerranéens ont adhéré ou assuré leur ancrage à l'Europe par des contrats d'association, répondant à un calendrier spécifique à chaque pays et tenant compte du niveau de développement de chacun. Les premiers pays ayant fait le pari de l'intégration européenne et signé des accords ont été respectivement la Turquie et la Tunisie. L'Europe étant un partenaire incontournable pour grand nombre de pays sud-méditerranéen, intégrer l'Europe se place donc dans l'ordre naturel des choses.

De plus, La constitution de grands ensembles économiques régionaux (ALENA pour l'Amérique du Nord, ainsi qu'une zone régionale non formalisée en Asie du Sud-Est) et la mondialisation du commerce international ne peuvent qu'inciter à l'affermissement des liens entre pays appartenant à un même espace géopolitique.

Impact sur les entreprises européennes

Depuis quelques années, certains pays sud-méditerranéens, ont constitué une base avancée pour bon nombre d'entreprises européennes, qui ont commencé par étendre leur espace de production afin de fabriquer à moindre coût des produits réexportables vers l'Europe. Les principaux atouts recherchés étant la main d'œuvre qualifiée et bon marché ainsi que la proximité géographique.
Comme investir dans un pays en voie de développement, contribue à tirer son économie vers le haut, il se produit, à terme, des effets positifs sur l'emploi. Ce qui fini par élargir par la même, le panel des consommateurs. Ainsi, il a été relevé que les marchés sud-méditerranéens qui se développent rapidement, deviennent progressivement des pays de consommation, et donc des cibles stratégiques de développement à l'export. Tel est le cas aujourd'hui, par exemple pour l'industrie automobile, de la Turquie, de l'Egypte et du Maroc.

Une présence outre méditerranéenne présente aussi l'avantage de développer une culture export. Ce qui permet toucher de nouveaux marchés encore plus au sud, en fabriquant des produits adaptés aux besoins locaux. Certains partenariats ou projets de transferts de technologies permettent ainsi de dynamiser un marché et se repositionner sur la phase de rentabilité pour des produits et/ou marchés qui sont en déclin en Europe.

De plus, le problème crucial qu'aura à affronter l'Europe d'ici peu, celui du manque de ressources humaines pour assurer le maintien de son niveau de croissance et de production, pourrait être éviter si une association effective a lieu entre le Nord et le Sud. Le sud de la méditerranée reste un gisement important peu exploité, en potentiel humain, main d'œuvre et aussi matière grise, ainsi qu'en espace d'investissement (rachat d'entreprise, installation …). Les possibilités de travail à distance qu'offrent les nouvelles technologies peuvent par ailleurs constituer, une incitation supplémentaire pour envisager une délocalisation vers le Sud.

Tous ces avantages ne sont pérennes que s'il y a une réglementation claire en matière d'incitation et de protection de l'investissement, une modernisation des infrastructures, des télécommunications et des technologies de l'information, ainsi que la libre circulation des capitaux.

Impact sur les entreprises sud-méditerranéennes

Le risque le plus important, qu'aura à affronter l'ensemble des entreprises du bassin sud-méditerranéen, serait le manque de compétitivité. Mais l'enjeu en vaut la chandelle. Pour les entreprises qui sauront s'y préparer, il y a la possibilité d'accéder à un marché de plus de 300 millions d'habitants. Bien sûr la concurrence sera rude, y compris dans les espaces traditionnellement "chasse gardée". Mais la force des entreprises du sud du bassin méditerranéen sera dans bien des cas, la connaissance des cultures et pratiques de leurs marchés.

Les programmes de mise à niveau, prévus en prélude à l'entrée en vigueur du libre échange, et financés en grande partie par l'Europe, sont autant d'atouts pour les entreprises du sud qui souhaitent se préparer au changement et améliorer leur productivité et performance industrielle.
Ces programmes de mise à niveau requièrent bien entendu la mise en place d'un cadre législatif réglementant la coopération industrielle, le rapprochement des législations, la coopération en matière douanière, et la coopération financière. C'est pour cela, que l'accord de libre échange ne concerne que les pays qui se sont engagés dans un programme de libéralisation et d'ajustement structurel, tendant à établir des mécanismes de marché, la liberté du commerce extérieur, et à activer la privatisation des entreprises publiques.

Les enjeux du libre échange avec l'Europe pour les entreprises du Sud résident dans les partenariats potentiels technologiques ou financiers, la rentabilisation des investissements, ainsi que la dynamisation des marchés par la concurrence.

Il est remarquable, par ailleurs, que les échanges Sud/Sud ont déjà montré une nouvelle dynamique et se développent rapidement dans la zone de libre échange puisque les règles de globalisation s'appliquent entre tous les pays partenaires.

La zone de libre échange euro-méditerranéenne apparaît en définitive comme une nécessite vitale et inéluctable pour l'ensemble des pays que constitue cette espace.

 
 
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