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Décembre 2005

   

Le secteur TIC tunisien montre une faiblesse dans sa stratégie de développement à l’export, combien même les nombreuses initiatives initiées par le gouvernement pour le renforcement d’un marché TIC local, quasi inexistant il y a quelques années. Exonérations pour l’importation de biens, subvention à la prospection des marchés étrangers ainsi que l’exonération de la taxe associée à la formation de l’entreprise en sont des exemples. Les parcs technologiques, comme le Pôle des Technologies et de la Communication d’El Ghazala, ont créé "des maisons vertes " où les entrepreneurs disposent de conditions favorables pour l’installation de firmes TIC. Ces efforts ont produit de bons résultats en termes de nombre d’entreprises créés. Cependant, un développement plus approfondi exige un plan stratégique cohérent et concentré qui aborde les questions principales concernant le secteur :

S’éloigner des avantages liés aux bas salaires : Les salaires des spécialistes tunisiens en TIC sont très faibles comparés à ceux des pays développés, et ce comme dans plusieurs secteurs industriels tunisiens. Par exemple, le coût moyen de l’heure d’un spécialiste TIC tunisien est de 8.8 Euros quand celle d’un français est de 70 Euros. Malgré cet avantage relatif par rapports aux pays européens, la compétition pour la délocalisation ou la réalisation de projets provient de pays sous-développés avec lesquels les salaires tunisiens n’offrent pas un avantage clairement compétitif. C’est le cas de Maroc, avec qui la Tunisie est moins chère de seulement 11%.

Améliorer le coût total de production : Des salaires bas représentent seulement l’un des déterminants du coût de production dans le secteur IT. Les procédures et processus de développement peuvent influencer énormément le coût total de production d’un software. Le « Best in class » processus et méthodologie sont deux des facteurs clés dans la création de capacités de production de software à faible coût. Par exemple, les « bebuggage » et correction des fautes représentent généralement 50% du temps de développement, et les problèmes résolus en retard durant le processus de développement peuvent coûter de 50 à 200 fois plus d’effort qu’un problème résolu immédiatement. Le tout sans mentionner l’impact que peut avoir sur la satisfaction du client et la réputation de l’entreprise, un développement de mauvaise qualité. Mis à part quelques firmes, le manque de connaissances en terme de processus et de management de projet peut facilement miner les avantages liés au salaire aux yeux des compagnies TIC multinationales.

Améliorer le niveau de qualification: L’absence d’une main d’oeuvre abondante et très qualifiée limite la gamme de services que les compagnies tunisiennes sont capables d’exporter. Un personnel ayant un niveau de formation basique limite les services d’une entreprise au traitement des bases de données, la programmation basique et la génération de « codes source ». L’offre de services plus spécialisés (applications pour technologie mobile par exemple) reste limitée.

Centrer la capabilité de production sur des marchés « niches » . La taille des entreprises TIC tunisiennes est trop réduite pour mener à bien de grands projets de développement de logiciels. La majorité des employés du secteur TIC travaillent dans des entreprises de moins de 10 employés (300 entreprises sur 345). En 2002, seul 510 professionnels, soit 8% de la totalité des employés du secteur travaillaient dans 47 firmes à participation étrangère. De plus, l’afflux annuel de mains d’œuvre dans le secteur est très petit comparé aux autres fournisseurs TIC internationaux. Environ 800 nouveaux professionnels TIC intègrent chaque année le marché de l’emploi, dont seulement 22% sont des développeurs de software. L’Inde, par exemple, a 67 000 professionnels en TIC de plus par an (83 fois le nombre de diplômés tunisiens) avec un système éducatif de plus de 850 instituts de formation. Cette situation limite le potentiel tunisien à être un lieu stratégique d’investissement pour les grandes compagnies internationales de software, une des forces motrices du processus d’internationalisation de l’industrie des TIC. Malgré tout, une stratégie de développement basée sur la spécialisation pourrait aider le secteur à centrer ses ressources sur des marchés niches où des avantages significatifs peuvent être développés.

3) Les risques d’une stratégie de développement basée uniquement sur les exportations:

Suivre un modèle de développement « off-shore » (semblable à celui mis en place par l’industrie manufacturière) peut, par conséquent, représenter un risque pour l’économie tunisienne en général. Le secteur TIC est plus qu’un simple secteur d’activité qui contribuant au PIB du pays ; il joue un rôle critique dans le développement efficient de quasiment toute l’activité économique. Le succès d’un bon nombre d’entreprises est directement lié à leur stratégie TIC du fait que leurs avantages compétitifs sont de plus en plus basés sur le niveau d’intégration technologique, la gestion des connaissances et le « time to market ».

Quelques analystes croient que ce retard accumulé en terme d’informatisation des entreprises tunisiennes est estimé de 7 à 10 ans, alors que le retard en capacités techniques du service engineering des firmes TIC par rapport aux normes internationales est estimé à 3 ans. Cette situation est liée à ce que la plupart des investissements des PME se font en achetant du matériel informatique, alors que l’investissement spécialisé dans les logiciels de Supply Chain management, workflow et ERP est encore très limité et dans plusieurs cas dévalorisé. La faible adoption des TIC par les entreprises tunisiennes est surtout le fait de sa faible productivité par rapport à leurs homologues européennes.

Un secteur TIC pour le marché local peut, bien plus qu’un secteur TIC orienté à l’export, jouer un rôle décisif dans la construction d’avantages compétitifs pour l’ensemble de l’économie tunisienne.

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