Juin 2005
Les temps qui courent !?
  Par Mondher Khanfir
 

Un vœu pieux n'est pas synonyme d'objectif. Pour être plus précis, un vœu émane d'un désir de voir se réaliser une volonté, exprimant une intention ou des sentiments, sans forcément une capacité d'action.
En général, un vœu pieux, combien même il peut être louable, n'engage en rien son émetteur. Et des vœux pieux, nous en formulons tout le temps : Les vœux de bonheur à l'occasion d'une fête, les vœux d'une paix globale dans le monde, les vœux de voir réduire le nombre de décès dues au tabagisme, …etc.

Par contre, un objectif c'est l'aboutissement d'un projet. Il formule un ou plusieurs buts précis que l'on se propose d'atteindre. Il est en général assorti de moyens, de ressources et surtout d'un délai. Un objectif a donc un coût, et il engage la responsabilité de son émetteur ! Un des déterminants de l'atteinte d'un objectif, est la vision à long terme de l'émetteur, donc de sa conscience du facteur temps.

Remarquons, qu'avec le temps, un objectif peut se transformer en vœu pieux. Et réciproquement.

Le temps est-il un ou multiple ?
Là encore, il faut lever une ambiguïté. Le temps n'est pas uniquement l'état de l'atmosphère –un temps orageux par exemple-, ou une période déterminée par rapport à des circonstances données. Exemples : le temps des cerises, le temps de la jeunesse, le temps de la guerre,…etc.

Une autre définition du temps pourrait être la dimension de l'Univers selon laquelle semble s'ordonner la succession irréversible des phénomènes.

Ou encore, le temps c'est un milieu, analogue à l'espace, indépendant des événements qui s'y déroulent. Ce milieu peut être considéré comme une réalité absolue (Newton), comme une forme a priori de notre sensibilité (Kant) ou comme une construction de notre esprit, en référence à Saint Augustin qui a défini trois temps : Le présent du passé, le présent du présent et le présent du futur.

Et pour compliquer davantage la notion de temps, La théorie de la relativité, en physique, a mis fin à la notion de temps absolu (chaque système physique de référence a son "temps propre");en outre, le temps ne peut plus être défini indépendamment de l'espace: on parle de continuum espace-temps.

En généralisant la conception des physiciens modernes, on peut considérer qu'il y a plusieurs niveaux temporels: physique, biologique, historique, personnel (la durée vécue, radicalement distincte du temps de l'horloge); plusieurs temps même ayant chacun son rythme propre, éventuellement variable.

Reste une question d'ordre métaphysique, le temps doit-il être considéré comme une simple illusion de notre être sensible ou comme constituant l'essence même des choses? C'est le problème du rapport du temps et de l'éternité.

Il est temps que ça change
On entend souvent des gens se plaindre du manque chronique de temps. Ceux là, gèrent mal leur capital temps, donc leur énergie et forcément leurs ressources.

D'autres pensent que le temps est compressible. Ceux qui partent tous les jours en retard, et pensent rattraper le temps ‘perdu' en grillant les feux rouges sont dans cette catégorie. Et si par miracle, ils arrivent indemnes, et forcément en retard, ils se plaindront inlassablement de la circulation.

Autre phénomène qui prend la dimension d'un fléau généralisé. Le paiement à terme, et son corollaire le règlement à échéance indéterminée, pour ne pas dire l'impayé...
Voilà une pratique ancienne, qui permettait à l'origine le financement d'activités commerciales tout en partageant les risques entre différents acteurs d'une même filière économique … c'était bien avant l'invention de la banque. Mais depuis l'arrivée de la banque, les financements bancaires, combien même ils se sont développés et généralisés, ils n'ont toujours pas effacer les financements indirects interentreprises, qu'ils soient consentant ou de fait. Les conséquences de ses pratiques se font de plus en plus sentir ces derniers temps. Là où il y a péril, il y a nécessite d'un cadre juridique.
Chez nos voisins européens, un projet de directive limitant les délais de paiement à 60 jours maximum, y compris pour les entreprises étatiques, et en cours d'élaboration.

Nous faisons le vœu de voir généraliser à nos contrées une telle loi.

Le temps, c'est de l'argent ?
Lorsqu'un simple acte de la vie courante, devient gaspillage de temps, on peut craindre une perte d'efficacité globale. Imaginons par exemple, les économies de temps (et d'énergie) que généreraient moins de déplacements donc d'embouteillages et d'accidents, si seulement on généralisait les solutions de règlement à distance des factures d'eau, de téléphone ou d'électricité. D'autant que les solutions techniques existent. Espérons que cela ne restera pas au stade de vœu pieux.

Une autre question temporelle porte sur la valeur d'un travail immatériel. Comment évaluer le travail d'un prestataire de service. Un consultant par exemple. Est-ce en fonction du nombre de pages de son rapport ? Ou en fonction du temps qu'il aura consacré à le réaliser ? Cela pourrait aussi être en fonction du résultat atteint ! Ou encore en fonction de ce que cela pourrait rapporter au prescripteur !

Dans une société où le commerce de marchandises a toujours dominé, il reste inconcevable pour certains chefs d'entreprise de faire appel à du conseil. Pas nécessairement parce que le besoin n'existe pas. Mais plutôt parce que la méthode d'évaluation d'un travail immatériel n'est pas comprise. La confusion vient surtout dans la perception du métier de consultant. Faut-il préciser qu'un consultant ne vend pas de conseils, mais plutôt de la méthode et une capacité d'analyse, de synthèse et d'action. Son travail ne peut s'intégrer que dans le cadre d'un projet. Donc autour d'un objectif et d'un engagement sur un résultat. Rehausser l'image des consultants passe par la clarification des rôles et responsabilités des consultants. Et ceci rejoint l'objectif de cette lettre d'information, et de celles qui suivront…

Sans comparer les consultants aux artistes du moyen âge, nous rappellerons pour l'anecdote que les peintres de l'époque ont dû lutter contre leurs commanditaires pour que leur travail ne soit plus rémunéré en fonction de la surface peinte et du prix des couleurs utilisées.

Et tout finit bien. Puisque tout finit.

 

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