Avril 2005
La logistique : véhicule de logique organisationnelle
Par Mondher Khanfir
 

La multiplication des changements, qui touchent son environnement, a conduit l’entreprise à rechercher et miser de plus en plus sur des avantages concurrentiels spécifiques et immatériels.

Ces changements on rendu caduques, dans certains cas, la logique de l’opération pour lui substituer la logique de l’évènement et de l’inter-opération. On assiste, d’une manière générale, au passage d’une logique exécutoire à une logique résolutoire. Ce passage se manifeste par une intensification et une complexification des flux d’information et flux physiques au sein de l’entreprise, et donc une plus grande place à la fonction logistique en tant que démarche de management stratégique et véhicule de logique organisationnelle.

Et si l’on revient au sens premier de la logistique, nous comprendrons mieux pourquoi la logistique est une question de logique, qu’elle constitue un avantage compétitif déterminant et qu’il y a lieu de développer.

Précisons d’abord que la logistique se manifeste dès qu’il y a un processus d’échange. Et comme tout processus d’échange engage la mise en œuvre de moyens afin d’atteindre une finalité, la logistique peut être décrite comme une recherche de cohérence entre une logique de moyens et une logique de finalité.

A l’échelle de l’entreprise, les moyens sont une combinaison pertinente entre plusieurs ressources. Celles-ci sont nécessaires à la construction des compétences. D’après G. Hamel dans son livre " The concept of Core competence ", l’entreprise détient trois compétences génériques, à savoir des compétences d’accès au marché, des compétences fonctionnelles et des compétences relationnelles. Ainsi 2/ 3 des compétences d’une organisation sont considérées comme des compétences logistiques et par conséquent, il est impossible pour une entreprise de se développer, sans développer ses fonctionnalités logistiques.

Nous rajouterons que le sous-développement au niveau de l’entreprise, à l’image du sous-développement à l’échelle d’un pays- peut être défini comme un sous-développement logistique. D’ailleurs, on n’est pas sous-développé parce qu’on possède peu de ressources, mais plutôt parce qu’on gère mal ses ressources!

Chaîne logistique et chaîne de confiance

Chaque transaction suppose une confiance mutuelle entre les parties. Le processus qui se déclenche par la passation d’une commande, jusqu’à la livraison et conclusion de la transaction par le retour des fonds s’appelle la chaîne logistique.
Nous observons depuis quelques temps une globalisation des chaînes logistiques et une accélération des échanges commerciaux, qui évoluent plus vite que la croissance de la production de richesses, aussi bien au niveau des pays que des entreprises.
La logistique prend ainsi la dimension de stratégie d’entreprise, voire même de stratégie interentreprises.

Cette chaîne logistique globale implique plusieurs acteurs et couvre des zones géographiques plus étendues. Elle comprend 3 types de flux: des flux physiques, des flux d’information, et des flux monétaires.
Une rupture ou une faiblesse dans un des flux peut avoir des conséquences graves sur le niveau de performance globale, puisqu’une défaillance enregistrée au niveau du client final, c’est l’addition des défaillances de chaque intervenant, multipliées par les défaillances d’interfaçage de toute la chaîne logistique.

Les processus d’échanges deviennent de plus en plus complexes et nécessite une gestion logistique rigoureuse pour maintenir la fluidité, la continuité et la traçabilité des flux inter et intra processus.

Les optimiser signifie améliorer leur performance, donc être capable de qualifier cette performance (définir des critères objectifs) et de la mesurer - au minimum de l’évaluer – afin d’imaginer des processus alternatifs plus performants (mesurés à l’aulne des mêmes critères).

Ce n’est pourtant pas suffisant : dans la plupart des cas, la performance du processus évolue dans le temps, en fonction des volumétries traitées qui ne sont pas réparties de manière homogène et de la disponibilité des ressources matérielles et humaines.

De plus, la performance optimale du processus ne correspond pas forcément à la performance optimale de chacune de ses parties.

Et là on arrive à une notion importante en logistique: L’approche systémique.
L’entreprise n’est plus considérée comme un système simple en équilibre statique (approche mécanique) mais plutôt un système complexe en équilibre dynamique (approche organique). L’approche systémique consiste ainsi à voir les inter-relations plutôt que les chaînes linéaires de cause à effet et à voir les processus de changement plutôt que des instantanés.

Les défis que doivent relever les acteurs d’une même chaîne logistique peuvent se résumer ainsi : Il ne s’agit plus de faire des entreprises individuellement performantes, il faut aussi que l’ensemble des acteurs, depuis le fournisseur du fournisseur, jusqu’au client du client, y compris les prestataires de services, les banques, les assurances, les administrations,… concourent tous et simultanément à une meilleure efficacité globale. Autrement dit, l’excellence logistique.

La logistique prend finalement une acception très large. Elle est, toute à la fois, un élément moteur de la chaîne de création de la valeur, une source d’économie, une discipline du management stratégique, et une arme essentielle pour la flexibilité de la production et la distribution. A ce titre, elle mériterait plus d’attention de la part des dirigeants.

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