Juin 2003

Le Paradoxe comme outil de management
  Par Ghazi Kerfaï, Consultant Sénior

Le paradoxe est-il un outil efficace de management ? Certainement, car le paradoxe a ce mérite de contourner les susceptibilités et de dépassionner les problèmes. Il permet souvent un changement de perception, donc d'attitude. Bien utilisé, il peut être un puissant vecteur de communication. Il dévoile avec dérision l'autosatisfaction voire l'hypocrisie, révèle les défaillances d'une équipe, sans jugement de valeur individuel… De toute évidence, manier le paradoxe, revient à manier l'art de changer "son" monde, qui est lui-même paradoxal.

Paradoxal ne veut pas dire illogique ou inopérant. Bien au contraire. C'est même souvent ce qui caractérise les innovations les plus remarquables. Exemple : faire voler des objets plus lourds que l'air (avion), visiter un hôtel avant d'y aller (internet), ….

Mais l'innovation n'est pas uniquement en terme de production. Elle est aussi organisationnelle. C'est le cas par exemple des projets de restructuration (ou de Reengineering) d'entreprise qui visent, à notre sens, à atteindre un objectif générique paradoxal, à savoir, construire l'entreprise de demain en faisant fi du passé !

Pour une entreprise, une redéfinition radicale de ses processus nécessite une remise en cause fondamentale de sa logique ‘historique' de production et de gestion. Décider de réaliser des gains spectaculaires dans les performances critiques conduit forcément à une réinvention de son mode organisationnel, voire même de sa culture d'entreprise.

Rappelons que pour innover, il faut passer d'une logique déductive à une logique inductive. D'une certaine manière, Innover c'est construire un système de production de ressources illimités, « matérialisés » par l'intelligence humaine, la connaissance, l'innovation et le processus d'amélioration continue. Et c'est certainement cela, qui figurera comme l'acquis le plus précieux d'une opération de Reengineering.

De nos jours, les entreprises font face de plus en plus aux phénomènes paradoxaux, tels que le matériel versus l'immatériel, la confiance versus la sécurité, le générique versus le détail, …etc. Intégrer la logique inductive dans le mode de pensée des managers est donc un pré requis pour s'inscrire dans une vision prospective et une logique de développement durable.


Agissons !

En ces temps difficiles, chaque décision, mais aussi chaque absence de décision, est devenue multirisque. Et ce n'est pas l'incertitude qu'il faut craindre, mais la peur de l'incertitude elle-même. Cette peur qui tétanise les esprits et inhibe les volontés et la capacité d'actions. La situation économique mondiale est préoccupante certes, mais elle serait encore plus grave si on arrêtait d'œuvrer pour un monde meilleur, chacun à sa manière, et selon ses moyens.

Prévoir, c'est voir, penser et agir dans la complexité qui caractérise notre environnement. Le monde change, et de plus en plus vite. N'attendons pas de subir, agissons. Comment ? Chacun trouvera le moyen le plus approprié. Mais, n'oublions pas que le jeu économique actuel consiste non seulement à jouer, mais aussi à changer simultanément les règles du jeu… encore un paradoxe avec lequel les dirigeants d'entreprises doivent se familiariser dans cette économie complexe, ouverte et en mouvement permanent! Mais attention, la course à la croissance économique doit être relativisée par une éthique visant à promouvoir l'Homme comme finalité ultime de toute entreprise humaine.

 
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